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Critique du CD "En public"

LE DOIGT DANS L'OEIL N°36 - Mercredi 6 Juin 2010

Et un spectacle à la maison, un !
C’est à «L’Esprit Frappeur» que Gilbert Laffaille et Nathalie Fortin ont enregistré cet album en public.

Pour plusieurs raisons : l’une étant que les disques de Gilbert Laffaille sont «provisoirement» indisponibles chez les marchands, il est bon de donner à entendre un artiste qui dans sa quarantaine d’années de route des 4 chansons, est toujours vivant, créatif et productif. L’autre raison, c’est qu’un disque en public est aussi une carte de visite réactualisée, on peut y trouver quelques chansons emblématiques, à côté des dernières , celles qui commencent leur carrière. «Le président et l’éléphant» ça reste toujours aussi caustiquement jouissif. (avec le clin d’œil à deux éléphants historiques de la presse chanson...)
Et qui n’a pas entendu Gilbert Laffaille nous expliquer le cri du milan rate un grand moment de culture zoologique... Mais pas seulement, cet album est une chronique douce-amère, tendre et ironique, le monde est une sorte de foire (du trône ?) où on côtoie le pire et le meilleur, où le royaume de Siam n’est toujours un paradis enchanteur quand on est une petite fille de Chiang-Maï.
C’est un maître de l’écriture, limpide, précise, sans affectation, qui raconte la vie, parfois rugueuse, parfois rêveuse, en 18 tableaux, en comédie baladeuse qui va dans tous les registres des émotions délicatement ourlées de pudeur, pas d’esbroufe ou d’effet tonitruant, mais l’humanité frémissante, la distanciation amusée, avec quelques textes drôlatiques pleins de finesse. Et «l’introduction à la communication» doit être un des textes fondateurs de tous les postulants politiciens, ou responsables politiques ... Et puis comment peut-on ne pas être saisi par «L’atelier n°15» une sorte d’arlésienne, un grand classique du théâtre russe, en version courte, 6 minutes, dont je ne déflorerai pas l’intrigue, ce serait dommage, mais le public a largement témoigné de son enthousiasme, et reviendra pour ce monument de l’art dramatique dès qu’Alain Nitchaïeff (de L’Esprit Frappeur) le proposera en version intégrale, 5 heures.. Cet album est un spectacle total, je vous l’avais dit.
Dans cet album piano voix, il y a la parfaite complicité entre la voix de Gilbert Laffaille et le piano de Nathalie Fortin, elle met les notes juste où il faut pour que paroles et musique se rencontrent en harmonie amoureuse. Avec un blues délicat ou une envolée déstructurée à la Picasso et néanmoins musicale.
Gilbert Laffaille chante depuis les années 70, avec un parcours de vie et d’artiste que vous découvrirez ici-même dans le prochain numéro. Car je revisite volontiers ce que disait Pierre Dac «Pour bien comprendre Gilbert Laffaille, le mieux est encore d’écouter ce qu’il chante*.» Et pour l’écouter, voici les bonnes adresses pour cet album (encore merci à L’Esprit Frappeur) qui n’est peut-être pas encore en tête de gondole, mais soyez ferme avec votre marchand pour qu’il y remédie rapidement.
D’autant qu’ il est urgent et nécessaire d’enrichir vos connaissances sur Karl-Friedrick Bjőrkenborg (dont Nathalie Fortin semble être une experte dans l’interprétation) Avec Karl-Friedrick, vous allez pouvoir briller dans les diners en ville.

Norbert Gabriel


* «Pour bien comprendre les gens, le mieux est encore d’écouter ce qu’ils disent»(P.Dac)